Lexique du jass : quels mots faut-il connaître au chibre ?
Le lexique du jass relie les annonces, les cartes, les combinaisons et le score entendus à une table de chibre.
Pourquoi utilise-t-on des mots suisses allemands au chibre en Suisse romande ?
Le vocabulaire du chibre reste souvent suisse allemand en Suisse romande, même lorsque les explications se font en français. À la table, vous chibrez, vous annoncez l’atout, vous fournissez une couleur et vous parlez des plis avec des mots partagés. Ce lexique permet de décrire rapidement une action ou une carte sans interrompre la donne.
Les habitudes ne sont pas identiques dans toutes les régions. Une famille peut employer surtout des mots français, un cercle de jeu peut conserver les termes suisses allemands, et une autre table peut mélanger les deux. Cette différence de vocabulaire ne signifie pas automatiquement que la règle change. Vous devez surtout vérifier le contrat annoncé, l’ordre des cartes et la manière de compter les combinaisons.
Le mot atout désigne la couleur choisie comme supérieure aux autres pour la ronde. L’Under de cette couleur est appelé le buur, ou Puur, et le neuf devient le nell. Ces deux cartes occupent une place particulière dans l’ordre de l’atout. Le buur est le plus fort, devant le nell, puis l’as de l’atout.
Le mot Weis désigne une combinaison annoncée pendant le premier pli. Une suite dans une couleur ou un carré peut donner des points, mais les joueurs n’annoncent d’abord que la valeur de leur meilleure combinaison. Les cartes concernées ne sont montrées qu’au deuxième pli si l’équipe détient le meilleur Weis. La page consacrée au Weis détaille les valeurs, la comparaison et le moment où les cartes deviennent certaines.
Le mot stöck désigne le roi et l’Ober de l’atout réunis dans une même main. Cette combinaison vaut 20 points, mais elle n’existe ni en obenabe ni en undenufe. Vous annoncez les stöck en jouant la deuxième des deux cartes, et non la première. Si le joueur suivant a déjà recouvert cette carte avant l’annonce, les 20 points sont perdus.
Le mot obenabe désigne le mode où l’as domine chaque couleur. Le mot undenufe désigne le mode où la hiérarchie est inversée et où le six est le plus fort. Ces termes ne sont pas de simples noms de contrat : ils déterminent l’ordre utilisé pour remporter les plis. L’atout, obenabe et undenufe ne produisent donc pas les mêmes comparaisons.
Le bon réflexe consiste à reprendre le vocabulaire utilisé par la table, puis à associer chaque terme à une règle concrète. Le schieber replace les annonces, les plis et les rôles des quatre joueurs dans le déroulement d’une ronde. Vous pouvez ainsi comprendre une annonce sans supposer qu’un mot régional désigne une règle différente.
Comment reconnaître les cartes suisses et françaises au chibre ?
Les cartes suisses et les cartes françaises correspondent exactement par couleur et par rang. Le paquet suisse utilise Schellen, Schilten, Rosen et Eicheln. Le paquet français utilise carreaux, piques, cœurs et trèfles. La correspondance reste fixe : Schellen correspond aux carreaux, Schilten aux piques, Rosen aux cœurs et Eicheln aux trèfles.
Le choix du paquet ne modifie pas le score. Le multiplicateur dépend de la position de la couleur, jamais du motif imprimé ni de la figure représentée. Les cartes suisses allemandes sont traditionnellement associées à l’est de la ligne Brünig-Napf-Reuss, tandis que les cartes françaises sont traditionnellement associées à l’ouest. Les tables romandes peuvent toutefois conserver des usages différents selon leur région.
Les figures portent des noms différents selon le paquet. Le paquet suisse comprend l’Under, l’Ober et le König. Le paquet français comprend le valet, la dame et le roi. Le König correspond donc au roi, l’Ober à la dame et l’Under au valet. À l’atout, l’Under reçoit le nom de buur, ou Puur, tandis que le neuf reçoit le nom de nell.
La valeur des cartes dépend du mode annoncé. À l’atout, l’ordre du plus fort au plus faible est : Under, neuf, as, roi, Ober, dix, huit, sept, six. Le buur domine donc le nell, puis l’as de l’atout. Un Under d’une couleur qui n’est pas l’atout ne possède pas cette place supérieure.
Dans les couleurs sans atout, l’ordre est : as, roi, Ober, Under, dix, neuf, huit, sept, six. En obenabe, cette hiérarchie s’applique à chaque couleur. En undenufe, l’ordre devient : six, sept, huit, neuf, dix, Under, Ober, roi, as. Le six remporte donc la comparaison contre le sept en undenufe, alors que l’as domine le roi en obenabe.
La distinction entre force et ordre des Weis demande une attention particulière. En undenufe, le six est la carte la plus forte pour remporter un pli, mais les suites du Weis se classent toujours dans l’ordre naturel, du six à l’as. Une suite contenant le six, le sept et le huit se lit donc selon cet ordre naturel, même si la hiérarchie des plis est inversée.
Le dessin de la carte ne change pas la valeur de la combinaison. Une suite de Schellen et une suite de carreaux occupent la même position de couleur dans les deux paquets correspondants. Le contrat annoncé et la règle régionale de la table déterminent le jeu, pas le style graphique du paquet.
Comment annoncer un Weis et les stöck pendant le premier pli ?
Un Weis s’annonce pendant le premier pli, au moment où chaque joueur pose sa carte. Chaque joueur indique uniquement la valeur de son meilleur Weis, par exemple « vingt », « cinquante » ou « cent ». Aucun joueur ne décrit les cartes de sa combinaison et aucun partenaire ne peut demander ce que l’autre possède.
Les suites d’une même couleur donnent les valeurs suivantes : 3 cartes valent 20, 4 cartes valent 50, 5 cartes valent 100, 6 cartes valent 150, 7 cartes valent 200, 8 cartes valent 250 et 9 cartes valent 300. Une suite de 5 cartes s’annonce donc comme un Weis de 100, sans révéler ses rangs ni sa couleur avant le moment prévu.
Un carré peut également former un Weis. Quatre Under valent 200, quatre nell valent 150, et quatre as, rois, Obers ou dix valent 100. Quatre six, quatre sept ou quatre huit ne valent rien. Une carte peut appartenir simultanément à une suite et à un carré. Vous devez donc conserver les deux possibilités lorsque vous identifiez vos combinaisons.
La comparaison d’un Weis suit quatre critères successifs. Les points passent d’abord, puis le nombre de cartes, puis la carte la plus haute de la combinaison. Si l’égalité subsiste, une combinaison dans la couleur d’atout passe avant une combinaison dans une autre couleur. La position par rapport à la forehand départage encore l’égalité restante.
Le classement d’un Weis conserve l’ordre naturel des cartes, de six à as, même en undenufe. La force utilisée pour gagner un pli n’est donc pas la même que l’ordre utilisé pour évaluer une suite en undenufe. Un six peut dominer un pli dans ce contrat, sans devenir pour autant la carte la plus haute d’une suite de Weis.
Une seule équipe inscrit le meilleur Weis. L’équipe qui détient cette combinaison écrit les Weis de ses deux partenaires réunis. L’autre équipe n’inscrit rien, même si elle a annoncé une combinaison. Les cartes de la meilleure combinaison sont montrées pendant le deuxième pli, et les points ne deviennent certains qu’à ce moment. Les annonces de valeur restent publiques, mais les partenaires ne peuvent pas se renseigner entre eux.
Les stöck suivent une annonce séparée. Le roi et l’Ober de l’atout doivent se trouver dans la même main, et cette combinaison vaut 20 points. Vous annoncez les stöck en jouant la deuxième des deux cartes, jamais la première. Si le joueur suivant a déjà recouvert cette carte avant votre annonce, les 20 points sont perdus. Les stöck reviennent à l’équipe qui les détient, indépendamment de la comparaison des Weis. La page sur les stöck permet de revoir l’ordre exact de cette annonce.
Un exemple montre la différence entre les deux combinaisons. Vous pouvez annoncer un Weis de 50 pendant le premier pli, puis annoncer les stöck en jouant l’Ober de l’atout au pli suivant. Le Weis dépend de la comparaison entre les équipes et sera montré au deuxième pli s’il est le meilleur. Les stöck dépendent de votre annonce au moment où vous jouez la deuxième carte concernée.
Comment compter les points du chibre jusqu’à la cible ?
Une ronde de chibre utilise 36 cartes, distribue 9 cartes à chacun des 4 joueurs et produit 9 plis. Le paquet contient 152 points de cartes. Le dernier pli ajoute 5 points, ce qui porte la ronde à 157 points avant le bonus éventuel accordé à l’équipe qui remporte tous les plis.
Une équipe qui remporte les 9 plis reçoit 100 points supplémentaires. Une ronde où la même équipe prend tous les plis rapporte donc 257 points. Le vocabulaire du score distingue les points des cartes, les 5 points du dernier pli, les 100 points de tous les plis, les Weis et les stöck. Cette séparation permet de suivre le décompte sans mélanger les annonces et les cartes remportées.
Les cibles utilisées en pratique sont 1000, 1500, 2500 et 3000 points. L’application de Vast Flow, LLP propose les cibles 1000 et 2500. La cible choisie influence la durée de la partie, mais elle ne change ni l’ordre des cartes, ni la valeur des Weis, ni la valeur des stöck.
Le contrat désigne le mode choisi pour la ronde. Une couleur peut devenir l’atout, ou la table peut jouer en obenabe ou en undenufe. Le contrat à l’atout crée l’ordre particulier du buur et du nell, et permet les stöck. Les stöck n’existent pas en obenabe ni en undenufe. Le mode choisi détermine aussi la hiérarchie utilisée pour remporter chaque pli.
Lorsqu’une équipe franchit la cible pendant une ronde, les blocs sont comptés dans un ordre précis. Les Weis sont comptés d’abord, les stöck ensuite et les plis enfin. L’équipe qui franchit la cible dans un bloc antérieur gagne. Une équipe peut donc passer la cible grâce à son Weis avant l’ajout des 20 points de stöck ou des points de cartes et de plis.
Prenons une situation complète. Une équipe possède un Weis annoncé pendant le premier pli, les stöck dans une même main et plusieurs plis déjà remportés. Lorsque le total de la ronde la fait franchir la cible, le décompte commence par le Weis. Les stöck sont ajoutés ensuite, puis les points des plis. Le premier bloc qui fait passer la cible décide de la victoire ; les points ne sont pas réorganisés pour produire une autre lecture du résultat.
La règle régionale mérite aussi une vérification. Les cartes suisses allemandes sont traditionnellement placées à l’est de la ligne Brünig-Napf-Reuss, les cartes françaises à l’ouest, mais une table romande peut employer l’un ou l’autre paquet. La page sur les contrats précise les modes de jeu. La page sur la jassgrenze explique le franchissement de la cible. Vous pouvez également revoir le chibre pour relier les annonces au score.
Le vocabulaire du score devient plus simple si vous séparez chaque bloc au moment de l’inscrire. Notez les Weis selon la meilleure combinaison, vérifiez les stöck au moment de leur annonce, puis comptez les points liés aux plis. Cette méthode respecte l’ordre de décompte et évite de traiter les 20 points des stöck comme une partie du Weis.
- Jass
- La famille des jeux de plis suisses à 36 cartes, et le jeu de cartes national de la Suisse. Le chibre en est la forme la plus jouée.
- Schieber chibre
- Le jass à quatre en deux équipes fixes, nommé d’après le droit du premier joueur de « chibrer » une seule fois, c’est-à-dire de passer le choix du contrat à son partenaire.
- Trumpf atout
- La couleur qui bat toutes les autres pour la manche. Son valet vaut 20 et son neuf 14, si bien que l’atout porte à lui seul 62 des 152 points.
- Obenabe
- Un contrat sans atout où les cartes gardent leur force habituelle, l’as en tête. Chaque huit vaut 8 points, et le jeu totalise toujours 152.
- Undenufe
- Un contrat sans atout joué à l’envers : le six est la carte la plus forte et l’as la plus faible. Le six vaut 11 points et l’as zéro.
- Weis annonce
- Une combinaison montrée au premier pli : au moins trois cartes qui se suivent dans une couleur, ou un carré. Seule l’équipe qui détient la meilleure annonce inscrit quelque chose, et elle inscrit celles des deux partenaires.
- Stöck
- Le roi et la dame d’atout dans la même main, valant 20 points. Ils sont crédités à l’équipe quoi qu’il arrive avec les annonces, et n’existent ni en obenabe ni en undenufe.
- Puur buur
- Le valet d’atout — la carte la plus forte du jeu dans un contrat à atout, valant 20 points. On n’est jamais obligé de le jouer.
- Nell
- Le neuf d’atout, deuxième carte la plus forte du contrat et valant 14 points. Hors atout, un neuf ne vaut rien.
- Banner
- Le dix, valant 10 points dans tous les contrats. Dans l’ordre de force il se place sous le valet et au-dessus du neuf, ce qui surprend qui vient d’autres jeux.
- Ober dame
- La figure suisse alémanique qui correspond à la dame du jeu français, valant 3 points.
- Stich pli
- Un tour de quatre cartes, une par joueur. Le gagnant entame le suivant ; le neuvième et dernier pli rapporte 5 points de plus.
- Match
- Les neuf plis pris par une même équipe : 100 points en plus de la manche, soit 257 au total.
- Jasstafel
- L’ardoise sur laquelle on inscrit le score à la craie, divisée en deux colonnes. Les centaines vont sur la rangée du haut, les cinquantaines au milieu, les vingtaines en bas.
- Schieben chibrer
- Passer le choix du contrat à son partenaire, qui doit alors décider. Cela se fait une seule fois et ne se renvoie jamais.
- Farbzwang
- L’obligation de fournir la couleur entamée quand on l’a. Dans un contrat à atout on peut couper à la place, mais pas se défausser d’une autre couleur.
- Untertrumpfen
- Jouer un atout plus faible qu’un atout déjà posé. C’est interdit, sauf si la main ne contient plus que des atouts, auquel cas c’est obligatoire.
- Vorderhand
- Le joueur à la droite du donneur, qui choisit le contrat et entame le premier pli. Le jeu tourne dans le sens inverse des aiguilles, d’où la droite et non la gauche.
- Coiffeur
- Une variante du chibre où personne ne choisit : chaque équipe joue chaque contrat exactement une fois, chacun avec son facteur, et on n’inscrit que les dizaines de la manche.
- Differenzler
- Un jass à quatre joueurs individuels où chacun annonce ses propres points avant la première carte. La différence entre l’annonce et le résultat fait le score, et le plus bas total gagne.
- Slalom
- Un contrat de coiffeur qui alterne obenabe et undenufe d’un pli à l’autre, en commençant par celui que le nom indique.
- Guschti
- Un contrat de coiffeur de cinq plis dans un sens et quatre dans l’autre — cinq obenabe puis quatre undenufe, ou l’inverse. Aussi appelé Mary ou Gusti.
- Bock
- Le libre choix du contrat au coiffeur, imprimé le plus souvent comme colonne joker et portant le facteur le plus élevé de la feuille.
- Jassgrenze
- La ligne Brünig-Napf-Reuss : à l’est on jasse avec les cartes suisses alémaniques, à l’ouest avec les cartes françaises.
- Schellen
- Les grelots : la couleur suisse alémanique qui correspond au carreau du jeu français.
- Schilten
- Les écus : la couleur suisse alémanique qui correspond au pique.
- Rosen
- Les roses : la couleur suisse alémanique qui correspond au cœur.
- Eicheln
- Les glands : la couleur suisse alémanique qui correspond au trèfle.
- Handjass
- Le jass à deux, distribué avec un talon, qui garde l’ordre d’atout et les annonces du jeu à quatre.
- Bergpreis
- Un prix annexe, dans certains tournois, pour l’équipe en tête au moment où le score dépasse la moitié de l’objectif.
Questions
Le buur et le Puur désignent-ils la même carte ?
Oui. Le buur, appelé Puur dans le vocabulaire du chibre, désigne l’Under de la couleur d’atout. Cette carte est la plus forte de l’atout, devant le nell, qui est le neuf de l’atout.
Quel ordre faut-il retenir pour jouer en obenabe ?
En obenabe, l’ordre est le même dans chaque couleur : as, roi, Ober, Under, dix, neuf, huit, sept, six. L’as remporte donc la comparaison contre le roi de la même couleur.
Pourquoi le six reste-t-il particulier en undenufe ?
En undenufe, le six est la carte la plus forte pour remporter un pli. Les Weis ne suivent toutefois pas cette inversion : les suites se classent toujours dans l’ordre naturel, du six à l’as.
Que doit annoncer un joueur au moment du Weis ?
Le joueur annonce uniquement la valeur de son meilleur Weis pendant le premier pli. Il ne nomme pas les cartes de la combinaison et ne peut pas demander à son partenaire ce qu’il détient.
Quand une équipe confirme-t-elle les cartes de son meilleur Weis ?
L’équipe qui détient le seul meilleur Weis montre les cartes pendant le deuxième pli. Les points de la combinaison deviennent certains à ce moment, et l’autre équipe n’inscrit rien.
Une suite peut-elle utiliser une carte qui appartient aussi à un carré ?
Oui. Une carte peut appartenir en même temps à une suite et à un carré. Les deux combinaisons doivent être considérées lors de l’identification du meilleur Weis.
À quel moment faut-il annoncer les stöck ?
Les stöck s’annoncent en jouant la deuxième carte entre le roi et l’Ober de l’atout. Une annonce faite après qu’un joueur suivant a déjà recouvert cette carte ne rapporte pas les 20 points.